L’abbaye de Brantôme (24) cache en son sein la grotte dite du Jugement Dernier. De nombreux bas-relief entourent un personnage sur son trône. Les archéologues et historiens de l’art sont unanimes : il s’agit d’une divinité païenne. Quels païens ? On ne sait pas. Pourtant, un Fragment des Evêques de Périgueux –à 21 km de là- nous apprend que vers 970, l’évêque fit construire autour de la cité périgourdine pas moins de cinq châteaux pour se défendre contre les « païens ». Les païens en cause étaient des Normands. Question : ce dieu païen de Brantôme pourrait-il appartenir au panthéon nordique ? Un seul dieu est représenté sur son trône. Odin. Il est entouré de ses deux loups Geri et Freki et de ses deux corbeaux, Hugin et Munin, qui se reposent sur le dossier de son trône après avoir fait le tour des neuf mondes pour informer leur maître de ce qu’il s’y trame. Or, à Brantôme, on devine deux silhouettes de part et d’autre du trône, l’une semble représenter un disciple agenouillé, l’autre a été effacée. Il est probable que les sculpteurs chrétiens ont retravaillé les deux loups pour les faire disparaître de la scène. Quant à Hugin et Munin, on ne les voit pas. Par contre, au-dessus du Dieu, on voit des niches creusées dans la pierre. La brochure touristique nous dit qu’il s’agit de pigeonniers… En réalité, il s’agit de nichoirs à choucas. Le choucas est un corvidé qui affectionne les cavernes où il vit en colonie. Ces nichoirs incarnent Hugin et Munin. Ce bas-relief représente bien Odin. Il dut être sculpté pendant la domination païenne entre 840 et 980. Après la victoire chrétienne, une abbaye va être fondée sur le lieu de culte païen, une manière habituelle d’éradiquer une religion. Quant à Brantôme, ce nom pourrait venir du norrois brand-holm, l’îlot brûlé. Brantôme sur trouve bien sur une île dont le chenal au sud a sans doute été creusé pour isoler un camp de près de 300 mètres de diamètre.
